Une ambition française

– Quand a-t-on décidé d’échanger les mots « ambition », « vision », « espérance », « conquête » contre ceux de « fatalité », « désillusion », « désespérance », « recul » ?

– Quand a-t-on cessé d’être fier de vivre en France et d’être français ?

– Quand a-t-on abdiqué notre orgueilleuse arrogance pour cette sombre désespérance ?

– Quand a-t-on commencé à avoir peur du lendemain ?

– Le jour où nous avons cessé de croire que le monde et l’avenir se donnaient à explorer et que dans l’armada des explorateurs, la France était un bateau-phare.

– Le jour où nous avons cru que la puissance économique était mère de puissance politique.

– Le jour où nous avons abandonné le champ de la bataille des idées pour celui des postures idéologiques.

– Le jour où nous avons préféré la facilité de la marche au pas à l’épreuve de la marche solitaire.

La France et les Français ont longtemps cru en la singularité de leur destin au milieu d’un continent et d’un monde où ils préféraient cette fameuse exception – politique, culturelle, diplomatique – et une certaine idée de l’indépendance plutôt que de caler leur pas sur celui des géants de papier vert.
Cette folle ambition d’être un phare pour les autres nations et finalement pour les peuples nous poussait vers l’exigence et l’excellence d’une terre qui promet à chaque homme, quelle que soit son origine, une vie meilleure.

La France est la vision partagée de 35 000 communes, 101 départements, 27 régions, autant de cuisines, de vins, de dialectes et d’accents au service d’un idéal porté au fronton de chaque édifice public et qui rappelle à quiconque veut vivre ici que la République est plus généreuse qu’elle n’est exigeante.

Or, c’est peut-être par là que nous devrions commencer à nous reconstruire.

Agrippée à son idéal de terre d’accueil, la France a poussé la générosité jusqu’à la rendre nuisible, jusqu’à la nausée, jusqu’à ce moment où l’accueil est un mensonge, et où la perspective du laxisme prend le pas sur la promesse de liberté. Or, loin d’être le droit de chacun à faire ce qu’il veut, la liberté est le droit de tous à être respecté de chacun quand chacun est respecté de tous et que la République et ses lois sont respectées avant tout.

En oubliant ces fondamentaux, la France a perdu le sens d’un mot, un mot resté coincé sous les tas de pavés de la rue des écoles, un mot qu’on croyait réservé aux éternels vieux cons, un mot qui résonne comme une marche militaire, un mot aujourd’hui galvaudé par quelques encagoulés, un mot finalement vidé de sa dimension vibratoire et de sa modernité, le respect.

Quand a-t-on décidé collectivement dans ce vieux pays que la liberté ne devait rien au respect, et d’abord à celui sur lequel notre République s’accorde avec les trois religions monothéistes, parce que « tu respecteras ton père et ta mère » ?

Ensuite sur ce qui fonde le contrat social, c’est-à-dire le respect du corps social en ce qu’il permet l’éclosion d’un modèle du vivre ensemble.

Enfin le respect de nos institutions par tous et en particuliers par ceux qui les forment et les dirigent.

Respecter l’arbre qui nous porte, les racines qui nous ancrent, le tronc qui nous réunit et l’espérance de nouveaux fruits, voilà qui ne devrait pas être une gageure pour peu que l’on accepte de déterrer ce qui nous a été enlevé puis caché, c’est-à-dire la nécessité du devoir à accomplir pour mériter d’être de ce pays.

Voilà un autre de ces mots, qu’à force de liberté, nous avons fini par égarer.

Devoir, à la vie, au monde, à son pays, à ses parents, à ses amis, à ses professeurs, c’est admettre simplement que l’on n’est rien, seul, et que l’on doit rendre ce qui nous a été donné. À ce titre, l’abandon de la conscription militaire a exonéré quelques générations d’accomplir ce que nous appelions « son devoir » et il serait temps qu’on y réfléchisse de nouveau afin de remettre à sa place cette valeur qui ne doit rien à l’armée spécifiquement, mais qui doit tout au vivre ensemble en général.

Au Panthéon des mots perdus, il en est un troisième qui vient sceller le pacte républicain pour en faire le socle de notre pays, un mot qui fait de chaque citoyen, non pas un individu, mais un membre de ce tout qu’est la nation et qui le dépasse : l’unité, celle-là même qui permet de transcender nos différences pour former la communauté nationale et qui unit au-delà de ce qui nous différencie. Cette unité est mère de laïcité, de cohésion et de paix sociale. Elle gomme les particularismes et les communautarismes en nous rappelant que ce qui nous rassemble est plus important que ce qui nous divise.

Respect – Devoir – Unité. Voilà donc le prix à payer, voilà donc devant quoi toutes les revendications corporatistes doivent s’effacer pour que notre mode de vie si particulier puisse se pérenniser et pour que forts de nos fondamentaux retrouvés et partagés, nous puissions nous projeter vers un grand dessein, celui de proposer une vision du monde et d’y cultiver l’ambition dont ce grand peuple est capable.

Car la France, petit pays musée, sanctuaire des arts, des droits de l’Homme, de la gastronomie, de l’art de vivre et de la plus belle façon de dessiner une petite robe noire, a une responsabilité devant le monde, celle d’incarner un universalisme qui se donne comme un possible pour chacun et non comme un modèle pour tous.

Nous n’avons jamais été, ne sommes pas et ne serons jamais un modèle tant notre singularité confine parfois au minuscule, mais au cœur de cet infiniment petit, nous cultivons une flamme qui a inspiré, inspire et inspirera encore maints peuples dans leur recherche des lendemains qui chantent.

Pour cela, la France et les Français doivent renouer avec cette folie qui consiste à bâtir sur des ambitions qui dépassent nos capacités et qui transcendent nos frontières, qu’elles soient géographiques, politiques ou idéologiques.

L’idée de la France est trop grande pour tenir dans cet hexagone.

À bien regarder les héros français, qu’ils soient mythologiques ou objectifs, de D’Artagnan à De Gaulle, en passant par Cyrano ou Bonaparte, la France a construit son Histoire sur sa capacité à poursuivre des objectifs inatteignables, et ce, en affirmant que « l’on ne se bat pas dans l’espoir du succès, car c’est encore plus beau lorsque c’est inutile ».

Je ne me résignerai jamais à aller chercher ailleurs, plus loin, de l’autre côté de quelque océan, ce souffle si particulier qui nous agite du Rhin à la Méditerranée, de Lille à Marseille ou des bourrasques bretonnes aux rafales catalanes. Cet irréparable fêlure qui fait la fronde française sur laquelle se bâtit sans relâche une autre vision du monde.

Car un autre discours existe, pas celui des appareils, des apparatchiks ou des réélections, ni celui de Pennsylvania Avenue, du pragmatisme ou encore de la realpolitik, mais bien celui des causes désespérées, des ambitions démesurées, des objectifs inavoués, celui qui souffla un jeudi de juin 1940 alors que tout semblait perdu.

Quand avons-nous perdu ce souffle ? Jamais en fait. Il est resté là, attendant qu’on le stimule de nouveau en lui offrant une nouvelle ambition à projeter, attendant surtout qu’on l’incarne et c’est peut-être là que l’on a failli le plus.

Dans un système où la réélection est le pire ennemi de la grandeur, il est symptomatique de constater comment le souffle de 81, 95 et 2007 est retombé avec chacun de ses leaders dès lors que la nécessité de la réélection s’est fait jour.

Pour 2012, nous éviterons cet écueil puisque de souffle, il n’en fut jamais question. Le Président normal, voilà bien l’ultime injure qu’on puisse faire à un pays et à une Histoire qui ne doivent rien à la normalité, rien aux conventions, rien à la rectitude, et qui se perd systématiquement quand elle choisit de suivre la voie droite ou la triste médiane.

Ce pays a besoin de retrouver les fondamentaux sur lesquels il a été fondé, puis il a le devoir de proposer une nouvelle ambition dans un monde qui se cherche autant qu’il ne se transforme. Il n’y a pas de contradiction entre « la terre et les morts » et ce que nous devons au passé et « la mer et les vivants » et notre capacité à nous projeter dans notre temps, jusqu’à le précéder.

Pour cela, nous devons retrouver notre force en la puisant dans ces principes fondamentaux que certains appellent « valeurs », celui d’oser de nouveau parler haut et fort, sans complexes, du monde que nous voulons.

C’est au prix de cette exception française que nous retrouverons cette fierté que d’autres appellent arrogance et qui caractérise les bateaux quand ils sont des phares.

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About Xavier Alberti

Fils, frère, mari et père. Entrepreneur engagé et dirigeant d'entreprise. Membre Fondateur de la Transition et de Jamais Sans Elles.