Le jour se lève

Les aspirations profondes des peuples avancent masquées, cachées derrière des revendications, des cris, des pancartes, souvent dérisoires mais révélatrices de la perte de sens. A ce titre, le sujet n’est pas de payer trop d’impôts mais bien de ne plus savoir pourquoi on les paie, le sujet n’est pas de travailler trop mais de ne plus savoir pourquoi on travaille, le sujet n’est pas qu’il y ait trop d’étrangers en France mais de ne plus savoir ce qu’est la citoyenneté, car le problème n’est pas de savoir quel est le sens de tout ceci, mais bien de retrouver du sens.

Voilà le rôle inaliénable d’un leader, qu’il soit Président, Roi, Prince ou Premier Ministre, proposer une vision et une ambition afin de la faire partager et ainsi redonner une perspective à chacun et donc à tous. Gloire à celui qui aura la force et la clairvoyance de poser ces questions autour desquelles se bâtissent les projets qui dépassent les hommes pour mieux les rassembler: Pourquoi devrais-je être fier d’être français ou européen, pourquoi dois-je reverser à l’Etat plus de la moitié de ce que mon travail me mérite et pourquoi enfin devrais-je accepter les termes d’un contrat social qui ne sert plus aucune ambition commune ?

Quand l’exécutif s’effondre, que la droite se dilue, que la gauche se fissure et que le système partisan ne vaut plus que par la politique des slogans, vient cet instant rare et précieux où les peuples ont la capacité de reprendre leur destin en mains. Cet interstice, logé entre l’apparente invulnérabilité de la forteresse étatique et la colossale inertie d’une société millénaire semble à ce point mince que personne n’ose s’y aventurer. Et pourtant… Cet interstice-là est à nous, nos aïeux nous l’ont gagné avec courage, souvent par le sacrifice de leurs vies, en osant dire non à l’ordre établi quand celui-ci ne servait plus l’intérêt commun mais seulement celui de ses confiscateurs; cet interstice-là est partout où les citoyens se regroupent pour faire vibrer ce qui transcende les différences et fonde une République, cet interstice-là rayonne aux frontons de nos villes et de notre constitution, cet interstice-là porte un nom, il s’appelle Liberté.

Or, la crise que traverse la France aujourd’hui est avant tout celle d’un peuple enfermé et qui peine à s’emparer de nouveau, librement, de son destin. Incarcéré dans 50 ans de bureaucratie, de complexification et de réglementations, le peuple français a peu à peu abandonné le principe pourtant inscrit noir sur blanc dans l’article 2 de la Constitution et qui donne en 11 mots la voie à suivre, « Le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Enivrés par une révolution qui n’en était pas une, les français ont tourné la page de 1968 en se jetant corps et âmes dans la consommation de masse, et ont abandonné ce principe fondateur pour jouir de la vie et finalement laisser à d’autres le soin de gérer un pays pourtant ingérable, et ce, jusqu’à institutionnaliser la machine à fabriquer l’élite dirigeante autorisée. Si bien que rendu au seuil du 21ème siècle les Français ont abandonné le pouvoir à des gens qui ne leur ressemblent pas et qui finalement ne les représentent plus.

La fissure qui se fait jour désormais n’est que la résurgence de cet interstice, né de l’inéluctable décalage entre le peuple et ses élites. Il est d’ailleurs intéressant de constater que nos dirigeants passent leur temps à taxinomier les révoltés qui pointent partout leurs bonnets, leurs sifflets, leurs huées ou leurs pétitions en les classant inéluctablement dans les mêmes sempiternelles et infâmes catégories: Les Fascistes, les Nazis, les racistes, ou de l’autre bord, les Bolchéviques, les Communistes, les assistés… comme si la révolte légitime n’était plus possible, comme si la souffrance qui se cache derrière n’était plus envisageable.

Pourtant, la souffrance est là, fille de la pauvreté, de la précarité, du déclassement social, de la peur du lendemain, de la désespérance et surtout de la perte de repères et de sens. Loin d’être paralysantes, les questions de la citoyenneté, du modèle de redistribution des richesses, de la fiscalité, de la retraite, de l’autorité parentale, devraient nous amener à faire ce que fait tout corps (social ou physique), s’adapter et évoluer pour vivre mieux. Mais voilà, loin d’évoluer, notre pays se crispe, se recroqueville pour finalement s’agripper à un passé sur lequel repose désormais notre passif.

La lutte émergente bien qu’encore rentrée est la manifestation de la résistance de la machine étatique et de la recherche de sa sanctuarisation par le statu quo. Or ce statu quo, c’est finalement ce qui étouffe notre pays, incapable de sortir de son modèle pour le façonner de nouveau. Nous sommes devenus tellement soucieux de la préservation de notre emblème que nous en sommes à reparler de frontières. Y a-t-il jamais eu une représentation plus obsolète dans le monde qui se lève que celle du douanier dans sa guérite. La frontière c’est la camisole de force dans laquelle certains voudraient nous faire entrer pour s’assurer qu’aucun mouvement ne pourra jamais nous faire trébucher. La frontière c’est d’abord celle de la vision de nos politiques, enfermés dans leurs certitudes et près à toutes les servitudes idéologiques.

Dans un monde global, la réponse ne peut être que continentale. L’Europe des Nations et des Régions sera ou nous finirons empaillés dans notre tout petit musée national.

Personne ne pourra plus arrêter ce qui se lève parce que la seule revendication est celle de la réhabilitation de cette liberté qui donne de la perspective et de la dynamique. Il est devenu impossible pour un français de vivre dans un pays où on lui dit et finalement dicte tout… les hygiénistes comment boire et manger, les médecins comment dormir et marcher, les pédopsychiatres comment élever son enfant, les psychologues comment ressentir, et finalement les politiques comment penser et parler.

Le vent qui se lève est celui du basculement vers un nouveau modèle démocratique. La confiscation de la parole publique par une forme auto-proclamée d’aristocratie intellectuelle portait en elle le germe de sa dégénérescence, désormais inéluctable. Place aux faiseurs, place aux acteurs, place à tous ceux qui font la France quotidiennement et qu’on maintient sous le couvercle de la cocotte bureaucratique. Il est temps que nous nous ré-emparions de la parole abandonnée et de notre capacité à mener notre destin collectif.

Les changements de modèle se nourrissent de ce qui fait l’essentiel c’est à dire la quête d’un nouveau possible et la prise de conscience de l’obsolescence de l’ancien. Ensuite, quelques actes suffisent à tout renverser :

– Le renouvellement du personnel politique par la mise en place d’un strict non cumul des mandats et de leurs renouvellements dans le temps:

Mandat de 7 ans non renouvelable pour la Présidence de la République
Mandat de 5 ans renouvelable une seule fois pour les députés
Mandat de 6 ans renouvelable une seule fois pour les maires
– La mise en place d’un travail de simplification et de déréglementation, en commençant par la disparition des départements au profit des régions.
– Le passage à une fiscalité permettant la redistribution juste de la richesse dans les fonctions créatrices, le travail et l’investissement.
– La sortie du commandement intégré de l’Otan – structure d’un autre siècle et d’ un autre monde – pour que la France puisse reprendre librement la parole dans le concert mondial.

Ce pays n’a plus besoin qu’on lui espère un changement qui viendrait du ciel… Il est temps pour les français de se réapproprier une parole trop longtemps abandonnée aux faux clercs légitimes. Cela ne dépend de personne, et il n’y aura ni homme providentiel, ni recours dans ce combat intérieur qui oppose la France à son ombre. La nation est l’agrégation désincarnée des citoyens passés, présents et futurs. Il arrive qu’elle doive se mettre en vibration pour imposer son destin. Ce moment est venu, le jour se lève.

5 thoughts on “Le jour se lève

  1. Un texte formidable, une ode au réveil! Stop aux critiques depuis les canapés, mettons-nous debout, mettons cette folle énergie dans l’action, sans quoi, nous paierons très cher, très vite notre inertie! Nos enfants doivent vivre une histoire de France humaine, non aux frontières, quelles qu’elles soient! #EnsembleOnEstTellementPlusForts

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About Xavier Alberti

Fils, frère, mari et père. Entrepreneur engagé et dirigeant d'entreprise. Membre Fondateur de la Transition et de Jamais Sans Elles.