Marcher dans sa tête

Après le choc, après l’incrédulité, après l’effroi, après la stupeur et la peur, après la colère, la douleur et la peine, après l’émotion d’un peuple rassemblé – enfin – après la fierté d’une ville monde vibrant de ses trois mots éternels Liberté – Egalité – Fraternité, après 5 jours qui font vaciller les Hommes, les idéologies et finalement l’Histoire, il faut ce matin regarder devant nous et poser cette question dérisoire et pourtant incontournable, « et maintenant ? »

Car si rien ne sera jamais comme avant, soyons certains que si nous ne faisons rien, les mêmes causes produiront les mêmes effets, à l’infini, et jusqu’à ce que nous ayons terminé de détruire la République.

Or c’est bien d’elle dont il est question, et dont il ne cessera d’être question, à commencer par un socle à reconstruire et par un pacte laïque à refonder.

La laïcité à la française s’est bâtie sur une nation mono-confessionnelle. Cent ans plus tard, islam, judaïsme, athéisme, agnosticisme ont pris une part croissance et ce, jusqu’à exacerber des revendications cultuelles qui engendrent les communautarismes et sur lesquels s’échoue l’unité républicaine. Or, sans socle commun, que nous reste-t-il si ce n’est l’illusion d’une culture commune les soirs de victoires sportives…

La perte des repères fondamentaux de notre modèle républicain et sans doute le plus terrible échec de notre modèle éducatif, à commencer par ce qui fonde une nation, la langue.

Or, l’alinéa 1 de l’article 2 de la Constitution rappelle que « La langue de la République est le Français. » Qu’en avons-nous fait à l’heure où la maitrise de notre langue dégringole dans toutes les classes d’âges et que son rayonnement s’affaiblit constamment dans un monde où le pitching language balaye tout. Quel modèle de société pouvons-nous espérer si nous sommes incapables de transmettre la langue de nos pères à nos enfants. Quelles valeurs communes pouvons-nous partager si nous ne sommes plus capables de les nommer ? Quelle force donner à la loi quand on ne partage plus les codes ?

L’école a également abandonné son rôle d’instructeur civil, civique et laïque, laissant à d’autres le soin de dire la voie droite. Dans ce pays, les lois de la République précèdent celles de dieu et peut-être faut-il l’apprendre à nos enfants, de la même manière qu’il faut leur apprendre à respecter l’autre, et à retrouver les valeurs qui permettent ce respect en redonnant aux instituteurs les moyens de leur juste autorité.

L’éducation n’est que la première pierre de l’édifice que nous devons reconstruire mais sans doute est-elle aussi la plus importante. Dans la marche qui a commencé ce dimanche 11 janvier, l’essentiel va résider dans notre capacité collective à créer les conditions de la mobilité d’un modèle sclérosé.

C’est d’action dont ce vieux pays a désormais besoin pour passer d’une marche symbolique à une marche politique qui s’annonce longue et difficile. Rien ne dit au delà d’une semaine hors normes que ceux qui nous gouvernent auront la force, la clairvoyance et surtout le courage de poursuivre la marche lancée par les Français.

C’est donc à nous de continuer cette marche et de se préparer à la porter nous-mêmes pour en faire une nouvelle espérance. Ce pays n’a pas besoin qu’on l’affuble de nouveaux droits ou qu’on l’enserre dans de nouvelles interdictions, ce pays a besoin de ce qui fait qu’un peuple peut se rassembler, une ambition, celle d’une République plus forte que tout.

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About Xavier Alberti

Fils, frère, mari et père. Entrepreneur engagé et dirigeant d'entreprise. Membre Fondateur de la Transition et de Jamais Sans Elles.