La France face à elle-même

Les crises font leur travail de sape sur un peuple qui a perdu toute confiance en lui, et qui se fragmente avant de s’affronter. Au-delà de la situation économique, c’est une crise identitaire que mine la France. Il devient urgent de trouver le chemin de la réconciliation. Cela passe par notre capacité à redéfinir une vision du monde et la place que nous voulons y occuper.
Voilà bientôt un demi-siècle que la France est entrée dans ce que les observateurs et commentateurs appellent « la crise ». Crise pétrolière, crise économique, crise financière, crise de la dette , crise de l’industrie , crise de l’emploi…
Pourtant à l’heure de l’explosion de l’Internet nous sentons tous de plus en plus clairement que cette crise est d’abord et avant tout un changement de modèle qui nous amène vers un Nouveau Monde : plus horizontal, moins accumulateur, moins producteur, moins gourmand et plus partageur, finalement plus usagé que client, plus collaboratif que hiérarchisé, plus fluide que mécanisé.
Qui s’en plaindra mis à part les champions du « c’était mieux avant », tous ceux qui oublient qu’avant, on mourrait plus tôt, on souffrait plus, on apprenait moins et on n’échappait pas au déterminisme social… non, définitivement non, sauf à regretter l’odeur acre d’un passé mortifère, ce n’était pas mieux avant.

Pourtant, caché derrière cette transition économique et cette révolution technologique porteuses de nouveaux horizons, un mal s’est développé dans l’ombre, un mal profond, nourri au sentiment d’injustice, au déclassement, au désenchantement, à la frustration, à la vanité et à l’envie, à l’incompréhension et finalement à la colère.
Au-delà des difficultés économiques et sociales que nous rencontrons, ce qui mine ce pays se niche finalement dans une profonde crise d’identité où les différences finissent par opposer au lieu d’enrichir, par diviser plutôt que diversifier, des différences qui hurlent sans plus jamais s’écouter.
Or, nous sommes exactement au seuil de cet instant tragique où, à force de ne plus savoir quoi faire de ses colères, un peuple se les inflige à lui-même. À force de nous échapper, à force de nous diluer dans la communauté mondialisée, globalisée et « googlelisée », nous avons abandonné ce qui fait depuis 1000 ans la spécificité de ce peuple debout.
Dès lors, seuls demeurent les particularismes qui divisent et qui font du musulman un islamiste, du libéral un exploiteur, du bourgeois un privilégié, du chômeur un assisté, du migrant un envahisseur, du jeune un délinquant, du fonctionnaire un profiteur, du patron un salaud, du socialiste un hypocrite, du patriote un xénophobe, du syndicaliste un fainéant, du catholique un cul-bénit, de l’homo un inverti, du policier un raciste, du barbu un djihadiste, du juge un vendu, du ministre un menteur, et ce à l’infini, jusqu’à la nausée… jusqu’à l’explosion.
Incapable de retrouver les fondements de l’unité nationale, la France est en situation pré-insurrectionnelle. Après 70 ans de paix sur son territoire, la France rêve d’en découdre quitte à en découdre avec elle-même ou avec une partie d’elle-même.
La montée des communautarismes, quels qu’ils soient, la radicalisation des discours politiques et la fracture sociale, désormais béante, ont conduit ce pays au terme d’un lent processus de déclin et d’abandon. Il est désormais tard, mais pas encore trop tard. Il nous reste une chance, celle de comprendre qu’inéluctablement il faudra bien que l’on réapprenne à vivre ensemble.

La France n’a jamais été le banquier du monde, l’usine du monde ou le gendarme du monde, mais elle en fut longtemps le phare, un repère pour les peuples qui cherchaient le chemin étroit qui mène de l’asservissement à la liberté. Elle s’est imposée au cours du dernier siècle comme une puissance non alignée qui cultivait fièrement sa différence et donc son identité et avec, celle de son peuple.
Le jour où nous avons accepté que la puissance économique et financière fissent le poids d’un pays, nous avons perdu notre vision du monde et la place singulière que nous y occupions. Le jour où nous avons accepté de négocier nos valeurs contre des contrats, non seulement nous n’avons rien gagné, mais nous avons foulé au pied ce qui faisait le ciment d’une République diverse.
Un peuple a besoin de savoir qui il est pour pouvoir trouver ce qui unit les citoyens qui le composent. Les glissements sémantiques puis politiques, les compromis puis les compromissions, les manques de courage et les petites lâchetés, ont conduit tout un peuple accroché à ses élites défaites à abandonner la terre et les morts, puis la mer et les vivants, pour finir par s’enfermer à double tour dans les chapelles communautaires comme derniers repères de leur identité perdue.

Pour que nous puissions vivre de nouveau ensemble, il va nous falloir nous réapproprier ce qui a fait de ce minuscule hexagone le centre d’un continent au centre du monde, et d’abord son extraordinaire arrogance, celle-là même qui nous interdit tout alignement idéologique et qui se niche dans la décision gaullienne de mars 1966 de quitter l’OTAN ; cette arrogante indépendance qui devrait nous amener à accueillir Julian Assange en France , plutôt que de le rejeter pour préserver les susceptibilités d’un allié qui passe son temps à nous écouter sans jamais plus nous entendre ; cette arrogance qui devrait nous pousser à nous emparer de la réalité géopolitique du bassin méditerranéen et de l’Afrique, plutôt que d’y marcher sur les œufs de notre histoire post-coloniale, paralysés face aux mouvements politiques et religieux qui sont en train de façonner durablement un théâtre de guerre civile et confessionnelle ; cette arrogance enfin qui doit nous interdire de vendre notre territoire aux États moyenâgeux du Golfe afin qu’ils préparent sur les pierres de notre patrimoine la fin programmée de leurs châteaux de sable.
Les Français ne se réconcilieront jamais avec eux-mêmes si leur pays ne leur rend pas leur fierté, fille de leur singulière vision du monde. Les sujets sont sur la table et les décisions ne sont pas inaccessibles pour ceux qui voudraient enfin renouer ce lien si particulier entre la lumière de l’Histoire et l’ombre portée d’un peuple qui ne s’épanouit que sur les routes des cimes.

20 thoughts on “La France face à elle-même

  1. Comment interesser la majorité de la population a cette vision de la France ?
    Avec deux enfants sur trois partis construire leur vie ailleurs, Un économiste et une psycho éducatrice specialisee dans l éducation des enfants autiste, …

    J'aime

    1. Vous nous parlez d’une France des Bisounours !!! C’est fini tout ça ! Ce qui a tué notre beau pays c’est la perte de sa souveraineté à travers le système Européen. NOUS NE DÉCIDONS PLUS DE RIEN TOUT SEULS. C’est L’Allemagne qui est en train de gagner la 3 ème guerre mondiale. Ne vous leurrez pas braves gens !!! Lisez les vidéos de Charles GAVE avec Nicolas DOZE sur Business BFM TV et vous aurez tout compris. Moi aussi mes enfants sont partis pour Dubaï et je ne m’en réjouis pas mais malheureusement JE LES COMPRENDS !! Et en tant que Niçois je souffre d’un carnage que nous venons de subir parce que , dixit Mohamed V Roi du Maroc en 1976 , « les arabes ne s’intègreront jamais dans la culture Française ». Les Droits de l’Homme sont une vaste supercherie qui sert à payer copieusement des fonctionnaires ou des avocats qui n’en ont rien à foutre. Quant à Bruxelles et ce pseudo Parlement Européen c’est encore pire parce qu’ils ne sont même pas élus et ne pensent qu’à une seule chose : S’EN METTRE PLEIN LES POCHES ( regardez BARROSO qui voit le ciel s’assombrir et qui préfère « fuir » chez JP MORGAN BANK .) QUELLE HONTE !! Le bateau EUROPE est en train de couler grâce à l’Amiral NELSON DU BREXIT et je peux vous dire que les « Rats » commencent à quitter le navire !!!
      Malgré mes 68 printemps et mes 42 ans de travail en France, je suis prêt à quitter la France, à moins qu’elle se rebelle et que le peuple Français reprenne ce qu’on lui a volé, sa Patrie et sa Souveraineté alors là je resterai et en tant qu’Officier de Réserve, je reprendrai les armes !!! A bon entendeur ….salut !!!

      J'aime

      1. Du haut de mes 48 ans, je fais parti de la generation dite sacrifiée, analysant la bulle idéaliste des années post 68 et constant que la plupart des belles âmes de l’epoque ont participé activement à cette société boboifiée que l’on constate aujourd’hui.
        Nous sommes en réalité dans une période de renaissance et nous assistons à des comportements et des idées contradictoires, combattre quoi, qui où? Il faut raison à mon avis raison garder, et interroger les problèmes auxquels chacun de nous peut apporter une réponse.
        Le problème majeur qui guète l’humanité est notre situation d’autodestruction massive issue notamment d’un usage abusif de la pétrochimie. Nous sommes sur une consommation de nos ressources équivalent à 3 ou 4 planètes, dans le même temps la population mondiale va croître fortement, la pollution également, bref tous les indicateurs sont dans le rouge alors prendre les armes pour faire quoi?
        Nous suicider plus rapidement sans doute, mais la raison voudrait que le citoyen change la donne à son niveau par des principes que la connaissance nous permet aujourd’hui de mettre concrètement en œuvre. Une des réponses à apporter est un retour à la terre avec notamment l’usage de la permaculture permettant non seulement de redonner vie à une terre maltraitée, de produire des aliments sains, de réduire l’émission de gaz à effet de serre, de redonner du travail à plusieurs millions de personnes en France… Et je pourrais continuer comme ça longtemps.
        Alors pour conclure je dirais que les solutions les meilleures sont souvent les plus simples et proche de nous. Nos connaissances nous permettent rationnellement d’envisager un retour à la terre pour répondre aux crises nombreuses que nous subissons passivement depuis 40 ans. halte à la violence globale, la guerre se gagnera dans les consciences et par l’intelligence.

        J'aime

      2. Vous vous situez exactement dans le cliché correctement décrit par Xavier Alberti: avocats, fonctionnaires, fonctionnaires européens… Cliché, caricature, vous vivez dans le plus beau pays du monde mais êtes tellement aigri. C’est bien triste.

        J'aime

  2. La France est comme le siège social d’une multinationale qui aurait perdu toutes ses filiales étrangères. Le siège tourne en rond et se meure en luttes intestines. Commençons par choisir une classe politique joyeuse et travailleuse, droite et sincère, investie d’une mission à courte durée plutôt que d’une carrière, qui parle anglais et vient du privé, pas forcément jeune, mais fraîche d’esprit.

    Aimé par 1 personne

  3. Intéressant. Mais les frontières sont très présentes dans cette vision. Je me sens beaucoup plus citoyen du monde, d’un monde que je crois capable d’évoluer dans le bon sens, que français. Nous sommes le peuple des humains.

    J'aime

    1. « Citoyen du monde », c’est un concept agréable, angélique, mais le monde est tissé de rapports de force et, en ce moment, ce sont les Etatsuniens qui s’imposent. Vous sentez-vous « citoyen des Etats-Unis d’Amérique » ?

      J'aime

  4. ben si justement.il est là le programme et la vision politique. et cette dernière est très bonne, je trouve.
    1/ retrouver l’identité de la france, son histoire, pas forcement en rejetant les minorités étrangères mais en les intégrant, en leur donnant droit d’être mais pas de s »imposer comme on l’a fait avec les italiens les portugais, les polonais….remettre les gens à leur place d’invité culturel et dans un pays ayant déjà une culture. échanger mais pas brader pour accepter la leur en imposition. (valable pour les juifs et les musulmans)
    2/ idem pour les « investissements » étrangers, les limiter comme ils les limitent chez eux, à moins de 40% d’un capital donné et non pas prendre possession d’un patrimoine, qu’il soit historique ou footballistique ou d’une société.
    3/ et enfin, pourquoi pas mais de façon modéré, suivre l’exemple des anglais, qui quitte l’Europe, une structure désuète et mal gérée, dont les fondements ont été perverti par des lobbiistes avides de dollars plutôt que d’équité et de projets communs, pourtant largement plus lucratifs à terme.
    4/ refuser enfin, a l’instar de De gaulle, un asservissement état-uniens qui ne profitent qu’à eux et 5/ combattre mordicus les Monsantos et autres industriels à la moralité limité à leur portefeuille. oui personne ne travaille gratuitement, moi le premier.
    mais travailler et gagner pour faire gagner est différent que de sodopoutrer son petit copain et son environnement en se disant que « c’est pas grave, quelqu’un trouvera bien une solution pour arranger ça plus tard »
    5/ remettre un peu de moral dans ce que l’on fait et remotiver les gens, les rendre fiers de leur nationalité sans pour autant en faire des fachos rétrogrades version marine bleu blanc rouge menstruelle.

    la france se meure d’un mal insidieux : le manque d’intérêt pour elle-même. et le manque d’implication de ses enfants à qui on n’apprend plus à l’école à être fier de soi et de ses institutions (abrogation de l’instruction civique, abrogation du service militaire, effacement de tout signe catholique dans les cours d’histoire DANS UN PAYS CATHOLIQUE, FAUT IL S’EN SOUVENIR!!! ) (je précise que je ne suis pas catho, en passant)

    Peut on avoir meilleur vision politique (dans le sens éthymologique du terme) ?

    Aimé par 1 personne

  5. La France ? ….. un pays catholique ??? … ça dépend où on arrête le curseur de l’historique ….. plus vous remontez en arrière , plus ce constat se dilue ….
    Par exemple , lorsqu’on s’intéresse aux origines de l’humanité , on voit que le nom de Saint Michel est chrétien, les sites qui lui sont dédiés sont eux d’origine préchrétienne mais qu’ ils ont été auparavant dédiés par les druides aux dieux du soleil et aux déesses- mères de la terre.
    Et ensuite ils ont été absorbés par les chrétiens et renommés.

    J'aime

  6. La France ? ….. un pays catholique ??? … ça dépend où on arrête le curseur de l’historique ….. plus vous remontez en arrière , plus ce constat se dilue ….
    Par exemple , lorsqu’on s’intéresse aux origines de l’humanité , on voit que le nom de Saint Michel est chrétien et que les sites qui lui sont dédiés sont eux d’origine préchrétienne.
    Mais ces sites ont été auparavant dédiés par les druides aux dieux du soleil et aux déesses- mères de la terre. Et ensuite, ils ont été absorbés par les chrétiens et renommés.

    J'aime

  7. J’adore ce passage :  » […] à force de ne plus savoir quoi faire de ses colères, un peuple se les inflige à lui-même. […]. Dès lors, seuls demeurent les particularismes qui divisent et qui font du musulman un islamiste, du libéral un exploiteur, du bourgeois un privilégié, du chômeur un assisté, du migrant un envahisseur, du jeune un délinquant, du fonctionnaire un profiteur, du patron un salaud, du socialiste un hypocrite, du patriote un xénophobe, du syndicaliste un fainéant, du catholique un cul-bénit, de l’homo un inverti, du policier un raciste, du barbu un djihadiste, du juge un vendu, du ministre un menteur, et ce à l’infini, jusqu’à la nausée… jusqu’à l’explosion. »

    Aimé par 1 personne

  8. Encore le vivre ensemble ! Ce mot de la novelangue qui, comme tous les autres, a pour but de promouvoir à l’inverse de ce qu’il recouvre. Le soit disant vivre-ensemble c’est le cauchemar du multiculturalisme ! La France n’est pas malade d’une maladie auto-imune que serait la soit disant crise identitaire, mais du mélangisme universel qu’on lui a imposé et qu’elle rejète, tout simplement.

    J'aime

  9. tous ces « commentaires » ont au moins le mérite de la réflexion!! les conclusions ou les solutions!! appartiennent à chacun de nous! : blancs noirs, grands petits, riches pauvres, beau x (belles) ou laids (des) homos ou hétéros! bref à ce nous sommes ou croyons etre!! l’autre n’est que le reflet de nous mêmes: mêmes défauts mêmes qualités!! notre ami, notre ennemi!! et nous ne sommes pas capables de nous aimer!! au nom de je ne sais: quelles « certitudes » il aura fallu une guerre avec des millions de morts pour découvrir des hommes et des femmes pour « résister » et redonner un sens au mot: humanité et courage!! faut il en arriver là pour en découvrir d’autres?

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

About Xavier Alberti

Fils, frère, mari et père. Entrepreneur engagé et dirigeant d'entreprise. Membre Fondateur de la Transition et de Jamais Sans Elles.