Pour une nouvelle génération d’idées

Au seuil d’une année électorale décisive pour la France et l’Europe et alors que les vieux barons posent les bases de leur sempiternel faux débat, nous sommes un certain nombre à sentir qu’il existe un espace, mince mais réel, pour qu’une nouvelle génération d’idées s’empare de notre pays. Une question demeure, en aurons-nous le cœur, c’est à dire le courage et finalement l’audace.

 

Après quatre ans à se lamenter sur les errements d’une Présidence fantôme, nous voilà rendus sur la ligne de départ d’une nouvelle campagne présidentielle qui promet des trésors de violence, des montagnes de petites phrases et d’interminables affrontements acides, fratricides voire parricides.

Le décor est planté, les personnages bien que délavés par des décennies de radotages électoraux, nous promettent la main sur le cœur artificiel que « promis, juré, craché », cette fois-ci c’est la bonne… ils savent tous ce qu’il faut faire et que « nom de nom », une bonne fois pour toutes, ils vont le faire !

Pourtant, tour à tour députés, sénateurs, Secrétaires d’Etat, Ministres, voire même Présidents, ils ont tous eu l’occasion de démontrer leur parfaite connaissance de l’état du pays, leur totale empathie avec les Français, leur inextinguible soif d’accomplir et surtout leur extraordinaire vision de l’avenir.

Mais alors que s’est-il donc passé pour qu’au seuil d’un siècle aussi prometteur nous en soyons à compter toujours plus de pauvres, toujours plus de chômeurs, toujours plus de précaires, toujours plus de réfugiés, toujours plus de pollution, toujours plus de réchauffement, toujours plus de déficits, toujours plus de décrocheurs, toujours plus de délits, toujours plus de scandales qu’ils soient financiers, fiscaux ou sanitaires… Qu’est-il donc arrivé pour que doté de la classe politique la plus résistante au temps et donc forcément la plus incroyablement talentueuse, notre pays s’enfonce invariablement dans une crise qui ressemble de plus en plus à un déclin.

La gauche, la droite, la conjoncture, la crise, le marché, l’urgence, sont systématiquement appelés à la rescousse par nos élites pour nous expliquer que ce n’est pas leur faute et qu’ils ont appris de leurs erreurs, enchaînant ces mêmes phrases automatiques qui ne veulent plus rien dire mais qui agissent comme des slogans de compagnies d’assurances :

« Vous savez, je rencontre les Français, les vrais gens et je les écoute… Nous devons la vérité aux Français Madame Salamé et je veux ce soir la leur dire les yeux dans les yeux Monsieur Pujadas. » Il est d’ailleurs symptomatique de nous en remettre toujours à ceux qui disent aller à la rencontre des « vrais gens » qui vivent dans la « vraie vie » plutôt que d’élire directement ces « vrais gens ».

La vérité c’est que nous sommes lâches, paresseux ou effrayés devant le vertigineux fossé qui nous sépare désormais de ceux qui nous gouvernent. Hébétés et voyeurs, nous continuons à les regarder nous servir la soupe réchauffée que nous leur demandons, hypnotisés par leurs vies, leurs maitresses, leurs avions, leurs peines et leurs joies, leurs virées nocturnes en scooter ou leurs vacances en yacht, leurs comptes en Suisse ou leurs villas à Marrakech, leurs enfants illégitimes ou leurs liaisons rémunérées, leurs petits mensonges et leurs grands scandales, leur indépassable connaissance de tout ce qui nous arrive à nous et leur permanente ignorance de ce qui leur arrive à eux. Comment au final peut-on croire qu’incapables de gérer leurs familles, leurs relations, leurs impôts, leurs comptes de campagnes électorales et finalement les règles élémentaires qui servent à diriger une vie, ils pourraient miraculeusement s’occuper efficacement des nôtres…

Mais tout ceci ne serait rien si pour masquer leurs errements, ils ne fabriquaient des contre-feux plus destructeurs que les étincelles de leurs petites trahisons.

Ainsi avons-nous eu droit depuis quelques mois à des débats aussi lamentablement médiocres que dangereux pour la République sur la déchéance de nationalité, le burkini ou l’héritage gaulois des français et que nous avons systématiquement plongé dans ces fosses à purin pour en rajouter encore et encore, nourrissant la machine à regretter les maux dont nous chérissons les causes.

L’élection présidentielle se jouerait sur l’identité nous disent-ils… l’identité…

  • 11,4 millions de français vivent avec moins de 10€ par mois une fois qu’ils ont payé leurs charges courantes et la question majeure à laquelle cette campagne présidentielle devrait répondre serait de redonner un contour clair à l’identité française ?
  • 60% des métiers exercés en 2030 n’existent pas encore actuellement et la question majeure serait de savoir si la France doit jurer par Dieu, par César ou par Toutatis ?
  • Le réchauffement climatique va pousser 250 millions de personnes à se réfugier sur des terres moins hostiles d’ici à 2050 et il faudrait toutes affaires cessantes trancher entre la poule au pot, le couscous et les falafel ?
  • 8 millions de français vivent sous le seuil de pauvreté et il faudrait leur demander ce qu’ils pensent de l’Ordonnance de Villers Cotterets ?
  • 80% de la population française vivra en 2020 dans 11 agglomérations et il faudrait convoquer Mallet et Isaac pour répondre à l’incertitude de l’avenir ?
  • 40% des élèves qui arrivent en 6ème ne savent ni lire ni écrire correctement et il faudrait instituer le salut au drapeau tricolore dès le CE1 ?

En réalité, incapables d’aborder sereinement l’évolution de notre pays, les candidats professionnels convoquent les bas instincts d’une Histoire revisitée pour confisquer un débat vidé de son sens et qui ne s’empare d’aucun des thèmes cruciaux de l’évolution de notre société :

  • Ni celui de la répartition de la richesse créée et d’un nécessaire nouveau partage ;
  • Ni celui de la rémunération du travail trop faible et de celle du capital, trop forte ;
  • Ni celui du temps de travail et de la répartition du temps libre ;
  • Ni celui de la petite enfance, où tout se passe et où le terrain se prépare ;
  • Ni celui de l’instruction qui permet de donner à chaque enfant les fondamentaux de sa construction d’adulte et de citoyen ;
  • Ni celui du changement de modèle énergétique et du sort que nous réservons à nos 58 réacteurs nucléaires ;
  • Ni celui de la fracture territoriale entre grands centres urbains et campagnes ;
  • Ni celui de la composition de notre assiette et de l’avenir de notre modèle agricole ;
  • Ni celui de la nécessaire refondation d’une Europe qui protègerait ses peuples ;

Il est encore trop tôt pour savoir ce qu’il adviendra de cette campagne mais nous devinons qu’elle est la dernière chance démocratique d’une République qui se fissure sous le poids des communautarismes, des nationalismes et des populismes réunis dans la danse macabre de l’agonie d’un modèle qui n’a jamais réussi à se renouveler et qui ne regarde plus le futur qu’avec la nuque.

Nous ne construirons aucun avenir avec ceux qui ont dévalué le passé et paralysé le présent. Il faut qu’une nouvelle génération se lève, non par jeunisme, non par réflexe contre un ordre ancien mais parce que nous avons besoin d’une nouvelle génération de regards, une nouvelle génération de raisonnements, une nouvelle génération d’idées et une nouvelle génération de projets.

Cette génération existe, elle est partout là où se trouve l’action, qu’elle soit citoyenne, sociale, entrepreneuriale, culturelle et même politique, mais elle reste trop discrète, trop timide, parfois enfermée dans le cadre désuet de structures partisanes, au service des vieux barons qui finissent de tirer les ficelles usées de leur pouvoir en lambeaux.

Il faut que cette génération se lève et qu’elle s’empare de ce qui ne lui sera jamais donné, notre avenir. Il faut que chacun en prenne sa part. J’en prendrai la mienne.

 

 

11 thoughts on “Pour une nouvelle génération d’idées

  1. Ne laisser qu’un commentaire alors qu’il y a tant à dire…..Admettons, voilà des lustres que je milite pour laisser la France aux Français, non en matière de racisme qui constitue un autre épiphénomène, mais pour redonner le pouvoir aux citoyens. En effet, il est temps que les personnes civiles compétentes s’investissent à la place des mandarins politiques, et par conséquent que soit révoquée cette 5ème république qui a vécu mais maintient au pouvoir deux castes de politiciens professionnels plus assoiffés d’argent que par l’intérêt envers notre beau pays! Cependant, faire bouger les gens semble être déplacer des montagnes, ils en sont encore à tout maudire et se gaver des extrêmes bien guidés en cela par le premier contre pouvoir , à savoir les médias. Le second contre pouvoir concerne les banques et les circuits financiers en passe à court terme de s’emparer du pouvoir après l’avoir détourné! La France n’a toujours été gouvernée que pour 20% des Français ou assimilés, les avantages alloués aux entreprise n’ ont été consentis que pour 20% des entreprises ne représentant que 20% d’emplois, les 80% des PME?TPE n’ont perçu que des miettes y compris sur les marchés publics accordés aux grands groupes qui régulièrement sous-traitent à bas prix se gavant de marges confortables! La France va mal en raison de l’incompétence de ses dirigeants de tous bords, elle ne sait pas dire non à la moindre pression de peur de déplaire….ce système voué à l’échec doit être changé, mais pour cela il faut être entendu par les médias….Contrôlés par l’hydre à deux têtes de la 5ème! Néanmoins je suis partant!

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  2. je remarque qu’un bon nombre des thèmes que vous soumettez sont abordés par M. Mélénchon.
    Il serait bon d le préciser.
    C »est d’ailleurs le candidat qui se rapproche le plus de ce que vous nous citez.

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      1. Il ne fait pas parti du problème, en tout cas pas plus que chacun d’entre nous ! C’est une façon bien étrange de s’adresser à une nation que de dire : telle grosse partie de la nation n’a rien à offrir ni dire pour changer, les choses ^parce qu’elle vit depuis plus longtemps que l’autre ! Le monde que nous voulons concerne tous ses habitants, riches ou pauvres, jeunes ou vieux, malades ou bien portants, peu importe… Cela me rappelle les jeunes qui disent aux vieux :  » Tu sais, à ton époque, c’était… » Mais le vieux, là, il n’est pas mort, son époque, c’est tout de suite, ici et maintenant, comme si notre époque n’était que celle où nous étions jeunes…Macron n’est pas vieux donc sa voix serait plus légitime que celle de Mélenchon ? N’importe quoi ! Jaurès n’est pas plus ancien qu’un jeune peigne-cul comme certains vaniteux à mèche proprette étiquetées LR ou PS que l’on voit gagner de plus en plus d’invitations à pérorer sur les plateaux de la télé poubelle et politique…Ce n’est pas ta virginité politique qu’il nous faut, mais tes idées créatrices et solidaires…si tu n’en a pas, tu ne vaux pas grand chose, jeune ou vieux…

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      2. A ceci près qu’il propose justement d’en fini et qu’il s’en ira en cours de mandat une fois le travail de l’assemblée constituante achevé. A ceci près que le mouvement citoyen, hors cadre de parti qu’il a lancé répond justement à toutes vos aspirations, que le programme a été construit par la société civile avec des milliers de contributions qui sont parvenus, 30 auditions programmatiques avec des spécialistes de leur domaine (chercheurs, ingénieurs, écologistes, jusristes, techniciens…).
        A ceci près que la convention programmatique réuni ce week end à Lille a réunis 1000 membres dont 650 tirés au sort parmi les 137 000 engagés, moment politique unique.
        A ceci près que les candidats aux législatives seront choisis localement, par les groupes d’appui, dans la société civile, et non pas désignés par les partis…
        Ca fait beaucoup de « à ceci près » et le moment me paraît bien trop important pour jouer les prudes aux idées pures.
        Il y a pour la première fois une brèche… s’en détourner est contradictoire avec votre discours…

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  3. Je reste sceptique à toutes les belles idées rénovatrices – on aura beau crier : Français je vous est compris, pour 1 semaine .
    Je ne crois même plus en la révolte du peuple – les meneurs avides prendraient le pouvoir et rebelotte 1789
    Non, vraiment , est-ce que ce monde est sérieux!

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  4. Comme les médias sont à la botte de ceux qui veulent que rien ne change et laisse croire qu’avec « untel ou unetelle » houlala c le changement, vous n’avez aucune chance comme Mr Asselinau du UPR qui pourtant sur les réseaux sociaux fait un travail remarquable d’explications de pédagogie, etc. Mais hormis ceux qui cherchent et lisent soit 1,6% des électeurs , les autres attendent devant leurs télé , vous n’avez pas les millions de Trump ni le charisme de Mandela , alors courage

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  5. Moi je suis perdue….. je ne sais plus qui croire… Je ne sais plus pour la 1ere fois pour qui je voterais ??? tous tiennent de beaux discours le coeur sur la main critiquant systématiquement tous les autres prétendants beaucoup d arrogance chez certain voir un certain mépris je n ai plus confiance…..

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  6. Moi je suis d’accord avec votre constat mais j’ai l’impression d’être au bord d’un gouffre pour la faisabilité. 66 millions d’habitants, des problèmes internationaux, l’Europe et ses faiblesses, peu de goût en France pour l’entreprenariat (ou plutôt aucune incitation), et une réelle tendance à apprécier le fonctionnariat… et quand il y a une bonne idée 50 % sont contre et bloquent pour ne pas perdre ce qui a été acquis par le passé. La diversité citoyenne elle fera comment pour rassembler ?

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About Xavier Alberti

Fils, frère, mari et père. Entrepreneur engagé et dirigeant d'entreprise. Membre Fondateur de la Transition et de Jamais Sans Elles.