Quelle vie voulons-nous ?

Lancée à 500 km/h sur la ligne à très grande vitesse de la politique spectacle, la campagne présidentielle a commencé. Ca virevolte, ça se déclare, ça se rallie, ça s’attaque, ça se dénonce, ça se déplace, ça se répète soir après soir, de salle des fêtes en salles de concert, de chaine info en studio de radio, ça s’étale dans les journaux, les magazines, les sites, ça tweete, ça poste, ça snap, ça instapolitique, ça sms, ça mail… mais ça propose quoi ?

 

Pris dans l’infernal tourbillon médiatique de celui qui aura la bonne intonation au bon moment pour ramasser l’opinion à la petite cuillère, la campagne électorale se contente de survoler le fond à grand coup de propositions aussi exorbitantes qu’attendues, voire même rabâchées depuis des décennies.

Ainsi, ceux-là même qui ont fabriqué des milliers de milliards de dettes nous expliquent la bouche en cœur comment ils vont combler les déficits par brouettes de 100 milliards, unité de mesure officielle de cette campagne.

De la même manière, ils jonglent avec des containers de fonctionnaires, qu’ils expédient par paquet de 100.000 pour dégraisser le mammouth qu’ils chevauchent pourtant assidument depuis 30 ans.

Enfin, ils allongent ou raccourcissent les heures de travail hebdomadaires et les trimestres de cotisation retraite comme s’il s’agissait uniquement de chiffres dans leurs tableaux de bord budgétaires, obnubilés par leurs logiques d’experts comptables, catatoniques, corsetés par leurs certitudes de sachants, mais finalement incapables de répondre à la seule question qui devrait être utile à une campagne présidentielle :

Quelle vie voulons-nous ?

  • Ainsi, le temps de travail n’est pas la variable d’ajustement du taux de chômage mais d’abord le reflet de l’évolution de la société industrieuse vers celle de l’automatisation et du service et donc vers celle du temps libre. Nous travaillons moins qu’il y a cent ans et il ne fait aucun doute que nous travaillerons moins encore dans 50 ans, non que nous soyons assaillis par le syndrome lafarguien du « droit à la paresse » mais simplement parce que la machine remplaçant la femme et l’homme dans ses fonctions manufacturières, nous nous tournons vers des activités qui permettent la flexibilité du temps et du lieu de travail, ce qui nous pousse à vouloir nous occuper de « nous », de nos enfants, de nos passions, de nos corps, de nos têtes, de nos goûts, bref, de nos vies et plus seulement de payer le crédit de la voiture, voiture qui devient de plus en plus objet d’un usage plutôt que de propriété. Qui donc osera mettre sur la table une nouvelle vision du travail avec un meilleur équilibre du temps, de l’espace (télé-travail) et de sa forme (salariat, multi-activités, statut des indépendants).

 

  • Il en va de même des revenus et du grand absent de la campagne actuelle, le pouvoir d’achat. Disparu corps et bien, le pouvoir d’achat n’est plus que l’airbag de la crise… « Nous traversons une crise grave, vous devez faire des efforts » est le corolaire du désormais célèbre « Nous sommes en guerre, vous devez vous battre. » Par ailleurs, le sujet des revenus dans un modèle où le plein emploi n’existera plus, recouvre un enjeu beaucoup plus saillant qui est celui de l’équilibre social et de la préservation de la paix qui en découle. La disparition lente des classes moyennes au profit d’un précariat aux abois nous pousse vers le nationalisme et les régimes politiques qui l’incarnent. Dès lors, la question du revenu universel doit être posée et la mise en place d’un nouveau partage des richesses générées par le travail doit permettre de pouvoir vivre dignement dans un pays où l’on compte 8 millions de pauvres et 10 millions de personnes vivant avec 10€ par mois une fois qu’ils ont payé leurs charges courantes.

 

  • Enfin, la crise de représentation que nous traversons doit nous conduire à un nouveau partage du pouvoir en posant désormais comme base immuable le strict encadrement du cumul des mandats et de leur renouvellement dans le temps. Le fait que la Primaire de la Droite et du Centre catapulte finalement un pur produit de l’aristocratie politique française est un ultime signal de la capacité du système politique français à ne jamais se renouveler. Après cinquante ans passés de fonctions en mandats, quel que soit le candidat de la droite et du centre, il n’aura pas travaillé une seule journée en entreprise (privée ou publique), n’aura jamais entrepris, n’aura jamais soigné une dent cariée, jamais vendu une baguette de pain, tenu une épicerie de quartier, rempli une déclaration Urssaf et hors des circuits de course, peu conduit lui-même sa voiture. Quand avons-nous concédé que la politique devait demeurer aux mains de gens qui ne nous ressemblent pas et qui formulent de mauvaises réponses à des questions que nous ne posons pas ?

 

L’état de nos modèles sociaux, démocratiques et républicains nous oblige désormais à mettre sur la table autre chose que les éléments de langage usés par 30 ans de rafistolages indignes. Pour cela nous devons nous emparer de l’exorbitant pouvoir laissé à une élite définitivement hors sol.

L’heure n’est plus à la réforme, l’heure n’est plus au choc fiscal, à la rupture ou à « casser la baraque », l’heure est à la révolution des esprits, des idées et des projets, à l’alliance des modèles que l’on croyait contraires mais qui peuvent finalement fusionner dans une approche originale.

Loin de ceux qui nous proposent de continuer à répondre aux dysfonctionnements d’une structure centrale agonisante, la campagne électorale qui s’ouvre et la politique en général doivent s’attacher à répondre à ces questions simples et essentielles que posent les citoyens et qui font directement écho à nos vies quotidiennes et non aux notes fantasmées de quelques agences internationales ou aux sombres ratios de quelques commissaires européens.

Cette révolution appelle une nouvelle façon de faire de la politique, une nouvelle façon de penser le monde, en remettant le citoyen en son centre et en lui proposant un nouveau partage du pouvoir, du savoir et de la richesse.

 

14 thoughts on “Quelle vie voulons-nous ?

  1. ok pour le constat lucide et partagé par beaucoup. Certains mouvement dans la Silicon en Californie ( de gros acteurs des new techs) prônent pour mettre le pouvoir aux mains des citoyens et des entreprises

    En attendant Trump sera derrière le bureau oval le 20 janvier prochain…

    On fait quoi et comment ?

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      1. C’est peut-être justement le contraire qu’il faut faire, élire le pire Trump qui soit.
        Je ne crois pas à la révolution sans violence, ou alors expliquez-moi comment on fait.
        Avec 5 ans de régression sociale, de conservatisme, de rigueur budgétaire et d’austérité, je pense que les esprits seront presque prêts à envisager de se battre pour rendre le pouvoir au peuple.
        Presque.
        Notre régime pseudo démocratique ne peut plus amener de solution nouvelle, il fonctionne en vase clos et il se protège des intrusions extérieures. Nul ne peut arriver au sommet avec des idées neuves, c’est impossible en respectant les voies normales. Ou alors il faudrait qu’il cache son jeu pendant 30 ans en prenant tout le monde par surprise, impossible.
        La politique du pire me semble malheureusement la seule qui puisse nous faire changer de paradigme politique.

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  2. Ne croyant pas au système des lois et des chefs, barbarie instituée pour un humain qu’on domestique en masse, comme un simple animal pensant, je n’attends rien d’autre des politiques que réalisme, lucidité et compétence gestionnaire. Qu’ils limitent la casse sociale qui s’annonce et me laissent développer ma recherche de la Vie car c’est à ce niveau-là seulement que les choses peuvent changer en profondeur, de manière durable et sans violence, par le retour de l’intelligence, de l’intelligence non uniquement intellectuelle mais spirituelle, celle qui englobe ma relation libre et aimante à l’autre humain.
    Au fond il nous faut pour le moment des politiques pragmatiques, surtout sans idéologie, sans croire déjà savoir comment les choses vont tourner, qui sauront s’adapter aux problèmes nouveaux qui vont se poser et se posent, des politiques qui sauront gérer la grande transition qui, entre autre, va voir l’effondrement des troupeaux-nations au profit de petites unités humaines.

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  3. Moi, je crois qu’on a l’occasion de balancer tout ce système véreux, une occasion unique avec cette nouvelle force représentée par le mouvement de la France Insoumise avec JLMélenchon comme candidat. Le programme de notre mouvement sera disponible dès le début décembre.

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    1. Gautier Daniel
      C’est exactement cela, quelqu’un, JLM, qui va prendre à bras le corps tous ces problèmes qui nous minent et remettra de l’humain au cœur de la politique. J’y crois fermement. Il faut absolument que ce soit lui sinon nous continuerons avec les mêmes à subir inlassablement les régressions, la spoliations de nos droits, la précarisation infinie.

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  4. L’analyse est exacte mais les solutions? Aujourd’hui il n’est pas possible à un homme ou une femme qui ne serait pas porté par un appareil politique de relever le défi. Pourquoi ? Parçe qu’il faut d’abord les 500 signatures et qu’ensuite il faut pouvoir financer cette campagne et enfin parçe que les médias quels qu’ils soient font barrage. Donc à moins d’avoir la fortune d’un Trump et choquer les votants pour qu’ils vous remarquent vous ne pourrez trouver un challenger censé représenter le Maximun de citoyen. Les cartes se distribuent à droite toute avec Fillon, le FN et Mélenchon chacun dans les extrêmes, un centre droit Macron, les ecolos de tous poils, et un parti socialiste divise en libéral avec Hollande ou Valls et une cohorte de « je penche plus à gauche » avec Les Montebourg, Hamon and co. Et générations citoyens essaient de se retrouver dans tous ces programmes qui ne comblent pas réellement nos aspirations c’est à dire etre gouvernés par nos pairs, des gens de la vie civile.

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  5. Je vous ai découvert sur Public Sénat hier soir. Merci pour votre intervention particulièrement « musclé » sur la dure réalité que notre système économique et politique impose à trop de nos concitoyens. Que pensez-vous de l’idée de l’allocation d’un revenu d’existence inconditionnel et universel fiancé à la fois par les revenus d’activités, le patrimoine et les machines pour permettre à chacun d’exercer sa propre souveraineté. Avec l’accès aux soins, à l’instruction et la formation et un revenu minimum pour se nourrir et se loger correctement, ce sont les conditions nécessaires à l »épanouissement et l’émancipation de toute tutelle de l’être humain. Membre de l’association du MFRB j’écris sur ce sujet qui mérite que l’on en débatte sérieusement. A suivre:
    http://fr.slideshare.net/guyvalette7

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    1. Je pense que le revenu universel s’imposera dans une société où le plein emploi est désormais impossible. Il lui faudra du temps pour conquérir l’opinion et ses représentants politiques… Une longue route s’ouvre cependant.

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  6. Vous posez 4 revendications (justes) quant à la « vie que nous voulons » : temps de travail, nouvelle vision du travail, pouvoir d’achat, crise de la représentation.
    Emmanuel Macron (cf son meeting hier) répond (bien) à ces 4 revendications… Qu’en pensez-vous ?

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  7. Merci.
    La voix (voie?) est claire. Vos analyses sont pertinentes et limpides.
    L’exécutif vous tente-t’il? Je vous y vois bien, car je vous sais d’une admirable efficacité.

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About Xavier Alberti

Fils, frère, mari et père. Entrepreneur engagé et dirigeant d'entreprise. Membre Fondateur de la Transition et de Jamais Sans Elles.