De quoi la politique est-elle le nom ?

Vous pouvez retrouver cette tribune sur le site de L’Express

Après des décennies d’échecs et de renoncements, il semble communément admis que la politique faillit toujours à améliorer nos modèles de société, qu’ils soient économiques, sociaux, alimentaires ou environnementaux. Mais est-ce vraiment l’échec de la politique ou s’agit-il en fait de notre incapacité à bien la nommer, pour finalement bien l’incarner?

A l’heure où « Les Républicains » ont exclu plusieurs membres éminents de leur formation au prétexte qu’ils ont collaboré avec un autre Président que celui qu’ils imaginaient, cet exercice disciplinaire nous montre à quel point la politique est devenue un jeu de postures, rabougri et médiocre, mais surtout totalement déconnecté des défis de notre temps et des préoccupations des citoyens. Les vrais républicains, ceux qui ont retenu du Gaullisme autre chose que le Képi, ne peuvent répondre à un Président qui leur demande de gouverner avec lui, autre chose que chiche !

Le fait est que les désormais vieux partis, balayés par la marche conquérante d’une nouvelle génération et abandonnés par celle plus ancienne de ceux qui ont désormais fini d’écouter la promesse politique ressassée depuis 40 ans, sont incapables de trouver une ligne, un projet, une structure et finalement une place qui leur permette d’entrer en résonnance avec un électorat devenu illisible.

La liquidation du système des vieux partis coïncide en fait avec la fin de « la société des pères », celle par laquelle la parole descendait jusqu’au peuple, hypnotisé par les brillants esprits des sachants, distribuant le diagnostic et l’ordonnance comme vérités absolues et dernières. Mais voilà, la succession de 40 ans d’ordonnances inadaptées ou jamais respectées aura eu tort sur presque tout et finalement raison du malade. Ainsi, passée au tamis d’une réalité souvent calamiteuse, il ne reste rien de la légitimité des diagnosticiens de la société, des analystes de palais ou des spéléologues du discours d’estrade et de l’anaphore télévisée.

Dans le même temps, une réalité venue « d’en bas » s’est lentement imposée pour finalement nous rappeler cette vérité, radieuse comme un levé de soleil après une nuit d’orage : « N’écoute pas ce qu’ils disent, regarde ce qu’ils font. »

En effet, aux antipodes de la posture immobile de ceux qui savent et qui disent, avancent silencieusement ceux qui doutent mais qui font… la cohorte de ceux qui, tous les jours, essayent, tentent, risquent, expérimentent, se trompent, réessayent, bref agissent… pour eux, la pire des choses c’est justement de devoir parler pour expliquer. Un micro les pétrifie, une caméra les paralyse, une estrade les effraie. Pourtant, lentement, la petite musique de leur mécanique se diffuse dans la société pour finalement faire émerger l’action comme marqueur d’efficacité mais surtout de sincérité. Les mots peuvent mentir, pas les actes.

C’est une partie du pari que fait aujourd’hui Emmanuel Macron, convaincu que les Français sont prêts à avancer dans la douleur plutôt que de continuer à sombrer dans le confort mensonger de l’immobilisme. C’est un pari risqué car il brusque un peuple plus habitué aux plans d’aide qu’aux plans d’action mais aussi car il nécessite que rapidement les premiers résultats se voient pour que l’effort reste consenti.

Mais au-delà de l’émergence d’une nouvelle pratique politique et du naufrage d’un système des partis qui portait en lui le germe de sa dégénérescence, se tient notre propre responsabilité, droite comme un i et pourtant trop souvent éludée ; celle de n’avoir pas su nommer la politique pour accepter de nous en emparer, et de rester là, vissés à nos canapés pour regarder des technocrates parler à notre place de sujets qui leur sont totalement étrangers.

A force d’abandonner notre pouvoir citoyen au profit de notre pouvoir d’achat, nous sommes devenus consommateurs de politique, en attente permanente de la becquée subventionnée ou de la solution prémâchée, oubliant que rien n’est possible sans nous et nous réfugiant, amers, dans la posture improductive de la critique assise.

Pourtant, loin d’être inopérante, la politique est vivante, adaptée, humble et souvent efficace, mais simplement pas là où on l’attend :
Quand un entrepreneur crée 10 emplois en investissant dans le développement de son entreprise en France, il fait de la politique ;
Quand une association organise la récupération des invendus de la grande distribution pour lutter contre le gaspillage alimentaire, elle fait de la politique ;
Quand un agriculteur se tourne vers des modes de production respectueux de sa terre et de la santé de ses concitoyens, il fait de la politique ;
Quand un dirigeant d’entreprise refuse de participer à une table ronde parce qu’aucune femme n’y est présente, il fait de la politique ;
Quand par son travail et sa ténacité, une femme devient la première à piloter un avion de chasse, elle fait de la politique ;
Quand des parents apprennent à leurs enfants à économiser l’eau, respecter la saisonnalité des produits ou manger sainement, ils font de la politique ;
Quand une femme rompt le silence pour dire non au harcèlement, elle fait de la politique;
Quand le maire d’un village organise le soutien scolaire des plus jeunes en faisant appel aux retraités, il fait de la politique.

Ainsi, la politique s’ancre-t-elle désormais dans l’action et dans la réalisation de ce qui peut réellement, au quotidien, changer les choses, modifier les comportements et faire bouger les lignes visibles de modèles trop longtemps sclérosés.

À ce titre, les partis politiques, même les plus récents, modernes et couronnés de succès, ne pourront survivre que s’ils savent répondre à cette aspiration citoyenne profonde de s’inscrire dans le réel, dans l’action de terrain, dans l’expérimentation de solutions nouvelles, et non, dans les modèles verticaux, où se développent inéluctablement le carriérisme, les logiques d’appareil, bref les passions tristes de ceux qui oublient qu’il est préférable de risquer plutôt que de conserver, de continuer d’inventer plutôt que d’ânonner et de servir plutôt que de se servir.

Pour cela, il faut donner au parti politique sa place d’acteur de la société et plus seulement de prescripteur électoral. Chaque comité local, chaque cellule, peut-être la cheville ouvrière de l’expérimentation des politiques publiques et permettre ainsi de remplir le triple objectif de l’utilité locale, du bénéfice global et de la transformation nationale, c’est à dire ce de quoi la politique devrait toujours être le nom.

 

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About Xavier Alberti

Fils, frère, mari et père. Entrepreneur engagé et dirigeant d'entreprise. Membre Fondateur de la Transition et de Jamais Sans Elles.