Xavier Alberti

Twitter, Facebook et les « braves gens »

Les réseaux sociaux sont une aventure humaine et cognitive passionnante. au fil de laquelle, chacun peut parcourir des chemins inattendus et riches de débats, d’idées, d’opinions et parfois de rencontres. Je suis arrivé sur Twitter en septembre 2008 et j’y ai vraiment pris ma part à partir de 2011, souvent pour le meilleur et parfois pour le pire.

J’y ai fait des rencontres insolites et rares, de Sybille Vincendon alors qu’elle écrivait son livre « Pour en finir avec les grincheux » jusqu’à Tatiana Salomon avec qui sont nés les Gentlemen et #JamaisSansElles, de Claude Posternak avec qui nous avons fondé la Transition, jusqu’à Franck Alberti, avocat vigneron et homonyme avec qui nous partageons bien plus que les lettres d’un nom. J’en cite quatre mais ils sont des dizaines, des centaines même, de tel Aviv à Montréal et de Toulouse à Téhéran, avec qui j’ai pu tisser autre chose qu’une simple correspondance de messages courts et parmi lesquels certains sont devenus des amis.

J’y ai également rencontré des opposants, des grincheux, des contrariants, ceux qui vous suivent comme on guette quelqu’un en attendant qu’il trébuche, pour le moquer, un peu, parfois beaucoup. Ils débattent, ils combattent, ils font valoir leur avis, vous piquent et finalement ils vous aident à réfléchir sur vos opinions, sur vos certitudes et parfois sur vous-même. La verse et la controverse sont une condition nécessaire à l’éclosion de la vérité, et la confrontation républicaine est finalement la plus haute manifestation de la démocratie. Ainsi, si je m’agace parfois de quelques « chicaneurs non violents » ou d’autres insoumis narquois, je sais que c’est aussi parce qu’ils n’ont pas toujours tort et qu’ils me poussent dans les retranchements où se cachent souvent les nuances dont on fait l’objectivité.

Enfin, il y a ceux qui investissent dans les réseaux sociaux toute la médiocrité qu’une vie douloureuse leur a sans doute inoculée. Presqu’exclusivement anonymes, ils ne débattent pas, ils ne s’opposent pas, ils dénoncent, ils dénigrent, ils insultent. Éboueurs du net, ils fouillent les poubelles numériques, dénichent des complots en carton, exhument de vieux tweets, de vieilles photos ou des vieilles rancœurs pour en faire le lisier dans lequel ils pataugent. J’ai depuis longtemps pris la décision de ne pas leur répondre mais de ne jamais les bloquer et de ne jamais les masquer, car ils nous rappellent ce qu’il y a de laid dans nos sociétés et ce que l’anonymat qu’offre un écran ou une foule peut autoriser de si bas et parfois de mortifère.

Ils sont là, tapis derrière leur écran, organisés en colonies numériques, tels des cancrelats d’un nouveau monde, prêts à injurier telle députée pour sa tenue, tel journaliste pour ses amitiés ou tel autre parce qu’il émet simplement un avis minoritaire.  Parfois, pris par la frénésie que leur procure la cagoule de l’impunité, ils menacent de représailles, et promettent qu’ « un jour on viendra te chercher et on s’occupera de toi et de ta famille. » Bien sûr, on pourrait croire que cela n’a pas d’importance, que c’est la part dérisoire de tout réseau social… mais en réalité, c’est tout le contraire. Il y a dans les colères putréfiées de ces citoyens anonymes, l’ombre portée de ce qui nourrit les pires heures de notre histoire.

Alors, les démasquer, les débusquer, les combattre ? je ne sais pas… Mais, pour une fois, je voulais simplement leur dire qu’il m’arrive de les entendre gratter sous le plancher de mon indifférence, et leur témoigner, à tous ces « braves gens », au delà de mon silence, l’assurance de mon plus profond mépris.