Faire face

15 mois après son élection, il semble bien que la lune de miel entre Emmanuel Macron et une partie de l’opinion soit consommée. Sur le champs de bataille politique, certains commencent d’ores et déjà à aiguiser leur rancœur et à astiquer leurs slogans en vue des échéances électorales à venir où ils ne proposeront finalement que l’anti-macronisme pour seul programme. Patiemment, les sentinelles d’une classe politique récemment défaite, polissent leur désir de revanche contre celui qui les a remisés dans le placard de l’ancien monde. D’autres, plus proches, commencent à prendre leurs distances, à la recherche de la prochaine vague opportune à surfer. Il pourrait être simple de jeter le bébé avec l’eau du bain et de sombrer dans le scepticisme qui ronge si souvent la France. Je ne veux pas m’y résigner.

Il y a bientôt deux ans, j’ai choisi de soutenir Emmanuel Macron parce qu’il me semblait le seul capable de transformer ce pays et d’abord par sa capacité à entrainer avec lui une nouvelle génération. Après 30 ans d’alternances stériles, cette nouvelle génération a gravi les marches de l’Elysée et du Palais Bourbon et elle s’est mise au travail. Il est évidemment trop tôt pour tirer les conclusions et déposer les bilans d’une action qui ne fait que démarrer, il serait également trop facile de suivre la route de l’air du temps et des manchettes de journaux qui – dans le même excès – brûlent ce qu’elles ont adoré, et il est définitivement trop confortable de recommencer à bougonner, le cul vissé à son canapé en grommelant que « c’est comme les autres » et que tout compte fait, « c’est comme avant ».

Car non, ce n’est pas comme avant, et 15 mois de cette génération politique-là et de son action, bien que forcément imparfaits, n’ont rien en commun avec les 30 ans d’errements dont nous porterons longtemps les stigmates. Je n’oublie pas d’où nous venons, je n’oublie pas l’immobilisme, les postures hypocrites, les compromissions, la médiocrité, l’affaiblissement international, les affaires et l’incapacité à réformer ce pays pendant plusieurs décennies. Ceux qui ont le jugement précoce sont aussi ceux qui voudraient que nous ayons la mémoire courte et que nous oubliions tout ce qu’ils ont fait et surtout, ce qu’ils ont été incapables de faire. Ils se dressent désormais en procureurs politiques,  drapés dans une sorte de virginité d’occasion, pointant chaque escarmouche comme s’il s’agissait d’un crime contre la République.

Or, s’il y a encore des couacs, ils sont rares comparés aux concerts que nous offraient les gouvernements précédents; s’il y a des renoncements, ils sont bien moins nombreux que les chantiers menés à leurs termes et les décisions concrètes qui témoignent qu’enfin ça bouge, à l’école, à la SNCF, à Notre Dame des Landes, dans les entreprises ou dans les institutions; enfin s’il y a des soupçons et des affaires, elles sont ridicules en comparaison de celles qui jalonnent l’histoire de notre République.

Ainsi, les errements coupables d’un chargé de mission de l’Elysée et la sanction probablement inadaptée dont il a écopée, ne me font pas oublier Boulin, le sang contaminé, les écoutes, les irlandais de Vincennes, Karachi ou le Rainbow Warrior.

L’aménagement irrégulier d’une mezzanine il y a 21 ans par l’actuelle Ministre de la Culture, ne me fait pas oublier le Carrefour du Développement, Urba, les financements libyens, les enveloppes ministérielles remplies de cash, Elf ou le Crédit Lyonnais.

La nomination comme consul d’un écrivain de cour ne me fait pas oublier les faux chargés de mission, les emplois fictifs, Clearstream, Cahuzac ou Takiedine.

La baisse encore insuffisante de la dépense publique ne me fait pas oublier ceux qui l’ont laissé enfler comme une baudruche, sans contrôle et sans discernement, dans une posture de total abandon de leurs responsabilités, hypnotisés par le seul objectif de leurs réélections.

Un trait d’esprit sur « les gaulois réfractaires au changement » ne me fait pas oublier ceux qui ont dévalué la fonction présidentielle et l’image de la France par leurs frasques nocturnes, leurs triples vies, leurs injures publiques ou leurs gesticulations médiatiques.

Enfin, les inévitables soubresauts d’un quinquennat ne me font pas oublier que le pire qui nous guette est sans commune mesure avec les hésitations d’une génération qui découvre le pouvoir au moment où il est si difficile d’opérer la transformation d’un modèle que beaucoup tentent encore de préserver.

Le temps n’est pas aux lamentations, aux reniements ou aux renoncements, non, le temps est à l’audace et à l’accélération, le temps est à oser plus et à ne rien lâcher, à réformer notre système de retraite, à simplifier la vie des entreprises, à revitaliser l’intéressement et la participation, à revoir notre système de solidarité, à transformer nos modèles de production, à rénover nos infrastructures, à moderniser notre administration et à redonner un cap à l’Europe…

Tout sera-t-il fait ? Non.
Tout sera-t-il bien fait ? Non.
Sera-ce suffisant pour transformer totalement notre pays ? Probablement pas.
La critique est-elle utile ? Oui, évidemment. Elle est même souhaitable, comme il serait souhaitable qu’on l’entende, un peu, voire même qu’on l’écoute, de temps en temps. Mais la défiance, elle, est mortifère et nous conduira à nous tourner vers ceux qui rêvent de nous faire prendre des vessies pour des lanternes, le Venezuela pour un modèle, la fin de l’Europe pour une libération ou le nationalisme pour un horizon… un horizon, oui, qui cache en fait des marécages bruns.

Ce quinquennat a 15 mois, il en reste 45… bien assez pour continuer à faire bouger les lignes sanctuarisées d’un modèle qui n’en finit pas de se décomposer mais qui reste encore solidement campé derrière ses derniers remparts, les appareils syndicaux dépassés et « l’Etat profond ». Certains, confits d’amertume et boulimiques de leurs propres commentaires, voudraient nous faire croire qu’il est déjà temps de renier le choix démocratique que les élections de 2017 ont rendu. Cela n’arrivera pas et si le temps du bilan viendra inéluctablement, jusque-là, il faut opposer aux gémissements systématiques, partisans et rancuniers des professionnels de la réélection, la volonté farouche d’aller au terme d’une action qui seule, sera porteuse de progrès.

Il fut un temps pas si lointain où il était facile de soutenir l’action d’un Président à qui rien ne semblait résister. C’est beaucoup moins facile aujourd’hui et c’est pour cela que c’est désormais important et utile, pas pour lui, pas pour nous mais pour un pays et un continent qui dépendent aussi de notre capacité à faire face.

 

 

Photo Marc Chaumeil

16 réponses sur « Faire face »

  1. Je suis bien d’accord avec ce texte, avec un bémol : c’est une question de posture à tenir.
    Bien évidemment, certaines affaires éclates, lorsque l’on présente un modèle idéal et que l’on ne le respecte pas à la lettre, il y a là une défaillance que je dirai « humaine », delà chacun doit avoir une place, mais surtout il faut garder cette place d’un point de vue éthique pour éviter de tendre le bâton.
    Dans notre société ce qui m’exaspère, c’est la mauvaise foi des médias, plus avide de buzz que de véritables informations, plus à influencer et exercer un pouvoir que de rester à leurs place : informer ; Ils montent un poulain, puis l’assassine pour chaque actions et paroles dites.
    Cela va trop vite, il faut prendre le temps de réfléchir avant de parler, prendre du recul.

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  2. J’ai voté Macron parce qu’il affirmait qu’il était différent lui ! En fait il n’est pas mieux il ne fallait pas qu’il dise qu’il était différent en fait tous les politiques sont pareils et la formule tous pourris s’applique

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    1. Tout à fait d’accord avec vous Jean-Marie!! Les réformes consistent à effacer dans un revers de main, tous les acquis sociaux. Je pense que les gens qui apprécient ce genre de réforme doivent penser au gâteau qu’ils vont empiffré envolant le peuple!!!

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  3. « Faire face » aux « riens, alcooliques, illétrés, fainéants, menteurs, traitres, gaullois réfractaires, colonialistes criminels contre l’humanité…  » vous repasserez ! Macron déteste les vrais Français, n’aime et ne travaille que pour lui, l’argent et la grande finance étrangère qui l’ont fait élire par escroquerie politique… (toujours rien du côté de Fillon… )

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  4. Encore un document de propagande d’un pseudo intellectuel. Pas une seule fois on y trouve le mot « Français ». hé bien restez dans votre monde et attendez la décision de ceux qui ne sont rien. Ils ont la même possibilité que ceux qui se croient au dessus d’eux de déposer un bulletin dans l’urne.

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  5. Je ne crois plus en la politique les lobbies sont maîtres l’ancien président si est heurté puis à été lâché par son camp Macron lui n’ira jamais s’opposer il reformera oui dans le sens voulu par un petit nombre le cac40 les lobbies etc le petit nombre qui encourage ces réformes ce moque de l’impact négatif sur l’environnement ils auront les moyens d’occuper les quelques endroits sur cette planète qui seront encore accueillant ac le reste du monde qui vivra au milieu d’un monde surpeuplé polluer basé sur la consommation comme seul horizon et cela s’accélère je le vois on est bcp à le voir et c’est vrai plus personne ne peut l’empêcher la mondialisation des puissances financières est bien ficelé leurs intérêts sont bien protégé je ne suis pas complotiste car je n’y vois aucun complot juste une société organisée sur la consommation et l’accumulation de richesse ceux qui n’ont rien sont trop occupé à essayer de gratter un peu pr eux je suis pareil et ceux qui ont tout continue d’accumuler pr être sûr d’être tjrs privilégier et ça aussi au final c’est humain les démocraties devaient arbitrer tout ça afin que la justice existent par la redistribution juste mais le système est si facilement corruptible c’est sans fin je suis écoeuré par tout ça !!!!!!

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  6. Oui la France a besoin d’un réformiste, mais qu’il commence à faire un peu le ménage dans son équipe en tenant Richard Ferrand à l’écart. Ce type est un voyou

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  7. Avant de réformer le pays, c’est le système politique qu’il faut réformer !
    Quand on voit qu’ils ne comprennent même plus ce qu’est la corruption et pourquoi elle n’est pas acceptable ?!!
    Ils ont legitimisé tous les revenus obscurs, officialisé détournements de fonds par des hausses de revenus, rejeté toute tentative de mise en transparence réelle.
    Ils sont juges et partis sur toutes les lois qui les concernent et pourraient servir de garde-fou.

    On les retrouves dans maintes affaires et ils sont toujours en place !!!!

    Dans certains pays les politiciens sont obligés de démissionner pour une barre de chocolat acheté avec de l’argent public !!
    Chez nous c’est détournements, corruptions et abus de biens sociaux a la chaîne ! Ça se sert de partout !
    Il y a degueuli d’opulence et de richesse et apres ça demande aux plus humbles de toujours se serrer plus la ceinture !? Tout en se permettant de parler en leur nom !!?
    Vous le voyez le problème la ?

    On parle de tolérance de petits écarts « normaux » de la classe politique…
    Non !
    Il n’y a pas d’ecarts tolérable. L’enjeu est trop grand ! La souffrance des plus petits trop importante. L’ombre puante des extrémismes menace et est déjà prête a exploser tout ! Si le tri n’est pas fait, c’est le
    chaos qui le fera.
    Accepter le moindre écart, c’est traiter la France comme de la merde. Et la soumettre au pire.
    Le politicien se doit d’être irréprochable. C’est quelque chose qui doit s’ancrer dans la constitution.
    Le politicien est au service du peuple ! Pas au sien, ni celui des lobbies !

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    1. Belle analyse de la politique actuelle dont le seul but est le profit pour quelques choisis par la destruction de toute solidarité et l’anéantissement du modèle social que nos pères et nos grand-pères ont essayé de nos léguer et qui faisait l’admiration du monde entier !
      A la place, ce gouvernement veut nous imposer des réformes permettant aux plus riches et aux plus grands fraudeurs la gestion de la France et des Français quitte à supprimer tout ce qui les gène dans leur accession au pouvoir.
      Cette politique porte un nom :
      « C’EST LA DICTATURE « 

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  8. Cet optimisme fait plaisir à lire…..mais il semble hors sol tant il est loin des préoccupations des français et des raisons pour lesquelles Emmanuel Macron a été élu, par seulement 28% de la population, ce qui constitue une majorité pour être élu mais quand même pas suffisante pour imposer un régime autoritariste, dont l’action principale est de bétonner une oligarchie de l’argent en brisant la moindre résistance à coups de milices organisées et de démantèlement des lois constitutionnelles votées en masse par une équipe de godillots bien rémunérés.
    Les préoccupations des français , c’était de pouvoir s’en remettre à un gouvernement , sinon exemplaire, car à l’impossible , parait -il, nul n’est tenu, la moralité c’est pour les petites gens, mais du moins normalement honnête avec à sa tête un président qui se porte garant de son équipe et qui est prêt à trancher équitablement en cas de litige…..Les affaires depuis un an, nous ont montré la capacité de notre président à trancher équitablement. Bien sûr, cela n’efface pas pour autant les précédentes ardoises , mais je rappelle qu’Emmanuel Macron s’est fait élire pour moraliser la vie politique….Echec : mauvais président
    La France est en crise et appelle de ses voeux un renouvellement politique…..La manière bonapartiste d’accéder au pouvoir d’Emmanuel Macron, pouvait laisser présager qu’il ouvrait une ère politique nouvelle. Il n’a fait qu’institutionnaliser le pouvoir des lobbies à coups de lois à l’emporte pièce, votées en catimini, parfois en pleine nuit, favorisant les ultra-riches et paupérisant les classes moyennes et les tirant vers le bas. Point n’est besoin d’attendre 45 mois de plus pour comprendre son orientation…..Mais lui, , a t il besoin de 45 mois supplémentaires pour comprendre que le libéralisme dur qu’il est en train d’appliquer condamne irrémédiablement toute relance économique, et compromet irrémédiablement le futur ?
    Le chômage ne fait que s’amplifier, à cause de son incompétence et de celle de ses prédécesseurs….Il nous propose « l’intelligence artificielle » , qui va supprimer encore des millions d’emplois….On pourrait se féliciter de créer ‘une société où le travail n’est plus l’alpha et l’omega de l’existence , avec une prise en charge de la population sur d’autres activités . Mais non : il réduit les allocations chômage en disant qu’il favorise l’activité tout favorisant le système boursier suppresseur d’ emplois. INCOHERENT….Echec : mauvais stratège
    Enfin, Emmanuel Macron, n’a pas senti monter l’angoisse des français face à l’absence de perspectives vitales dûe au réchauffement climatique et à la disparition d’une bonne partie des espèces vivantes. Nous sommes sur une perspective….de fin du monde….Lui a fait son choix : business is business. Problème c’est pas le même que les français.
    Personne , mieux que lui , n’a symbolisé la fracture entre la population et les gouvernants (j’ai du mal à employer le terme d’élite, qui me parait usurpé): par sa fatuité, son mépris des français et son incapacité quasi schizophrénique à ressentir les changements sociaux. La révolte est là, et il l’a bien allumée et entretenue….45 mois supplémentaires, ça va être très long.

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  9. je vois simplement une politique identique a l’ancienne ou le fait d’augmenter les dividendes des grosses firmes ne fera qu’augmenter la fracture sociale , le peuple prendra le chemin des urnes avec le vote RN en perspectives , et si cette fois personne n’effraiera ce vote ? . L’italie en a pris le chemin . Attention Messieurs

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  10. Merci Monsieur ALBERTI, voilà ce que j’ai pensé à peine finie la lecture de votre texte : « Comment a-t-il pu lire aussi précisément dans mes pensées ? 🤔😏🤨👍👍👍 a lire je ne m’en lasse pas ! Tout y est ! On continue ! ». Bien sûr, et je suis aussi d’accord, le pouvoir doit se tenir à l’écoute des critiques pas seulement mais notamment lorsqu’elles viennent des marcheurs, le but étant de comprendre ou de corriger certaines décisions ou orientations. Mais avant tout, je suis totalement en phase avec vous sur le « rien lâcher », sur « l’oser plus » et « l »accélérer encore » si toutefois cela est possible car les transformations s’enchaînent déjà à rythme soutenue. J’ai juste un regret à ce jour, et que j’ai du mal à comprendre, c’est ce que je qualifierai peut-être à tort de frilosité à entrer de plain pied dans une transition énergétique et écologique. Les nouveaux modèles doivent être disruptifs, j’en suis désormais convaincu, et l’élan du printemps 2017 doit nous permettre et nous obliger à changer radicalement de paradigmes, car le risque « d’horizons aux marécages bruns » sera la prochaine étape en cas d’échec et cela, moi non plus, je ne veux et peux m’y résigner, jamais !.
    Merci encore pour ce texte ! « Révolution » à nouveau !

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About Xavier Alberti

Fils, frère, mari et père. Entrepreneur engagé et dirigeant d'entreprise. Membre Fondateur de la Transition et de Jamais Sans Elles.